France
Chasseurs à Cheval de la Garde Impériale


Carte de Visite non signée
Lieutenant Jude.


Jean JUDE est né le 16 Novembre 1821 à Bordeaux, le fils de Jean et de Marie COURTESSOLS.

Il est Engagé Volontaire au 5e Cuirassiers comme Cavalier le 25 Novembre 1839.
On relèvera que son père Jean avait été décoré le la Légion d'Honneur comme Maréchal-des-Logis au 5e Cuirassiers, le 21 Mars 1831 ; il s'engage donc tout d'abord en terrain connu.
Il passe comme Trompette au 4e Chasseurs d'Afrique le 12 Novembre 1841 - partant pour l'Afrique ce jour.

Il passe Brigadier Trompette le 8 Juin 1842.
Les combats de la conquête de l'Algérie vont lui donner l'occasion de s'illustrer :
Il est cité comme "s'étant particulièrement distingué au combat du 10 Juillet 1843 (pays des Sendjess)".

Il est à nouveau cité comme "s'étant particulièrement distingué au combat contre Sidi Embarreck le 11 Novembre 1843".
Le Colonel Tartas (commandant alors le 4e Chasseurs d'Afrique) relatera le combat (in "Campagnes d'Afrique, 1835-1848. Lettres adressées au Maréchal de Castellane"), également connu sous le nom de combat de l'Oued Malah :
"Arrivé le 3 à Mascara, j'en suis reparti le 6 avec une colonne expéditionnaire, ayant sous mes ordres la cavalerie, composée du 2e et du 4e de chasseurs et de cinquante spahis ; total, neuf cent chevaux. Notre mission était de donner la chasse à deux bataillons de l'émir, la terreur de l'Algérie, car c'était avec ces deux bataillons qu'il soutenait le pays. Après six journées de marche de jour et deux de nuit, le 11, à une heure la présence des deux bataillons a été signalée au général par quelques feux de bivouac. Aussitôt les dispositions on été prises pour s'assurer de cette présence bien réelle et pour le combat. L'ordre de me porter en avant m'ayant été donné, je suis parti à l'allure du pas, marchant sur trois colonnes ; quelques éclaireurs sont venus aussitôt me dire que les bataillons étaient là avec leurs étendards déployés. J'ai fait prendre l'allure du trot, en maintenant l'ordre le plus rigoureux et calmant l'ardeur de tout mon monde, persuadé que l'ordre et le calme en imposent toujours à l'ennemi, quelle que soit sa force. A cinq cent mètres du bataillon, nullement intimidé par notre présence, ayant derrière lui le fameux kalifat de l'émir, Sidi Embarack, j'ai commandé le galop en faisant mettre sabre à la main et puis sonner la charge, qui a été exécutée avec la rapidité de l'éclair. Le premier feu du bataillon a été bien nourri, mais comment résister à des chasseurs d'Afrique ! Les bataillons ont été enfoncés, sabrés. Quatre cent douze sont restés morts sur le champ de bataille : cent et quelques prisonniers n'ont dû leur salut qu'à la clémence du vainqueur, quatre-vingt-dix mutilés horriblement par les sabres ; le kalifat Embarack mutilé, sa tête tranchée et envoyée à M. le Maréchal gouverneur !"  

D'après un courrier adressé par son fils à la Chancellerie de la Légion d'Honneur, c'est Jude lui-même qui aurait à cette occasion fait prisonnier Sidi Embarreck.

Jude est encore cité comme "s'étant particulièrement distingué à la bataille d'Isly le 14 Août 1844". Le rôle du 4e Chasseurs d'Afrique est décrit par le Vicomte de Noe (in "Revue des Deux Mondes", Tome XXIX, Paris,1860) :
"L'année qui suivit ce brillant combat devait compter parmi les plus belles dans les annales de la guerre d'Afrique et aussi dans les fastes des chasseurs, représentés à Isly par les 2e et 4e régiments. On n'ignore pas que l'ordre de bataille adopté par le maréchal Bugeaud ressemblait à une tête de porc; c'est l'expression dont le maréchal lui-même s'est servi dans son glorieux bulletin. La cavalerie était dans l'intérieur de la tête, sur deux colonnes, attendant l'heure de fondre sur l'ennemi comme l'ouragan. On marcha d'abord lentement; quand on se fut approché, on vit que ce qui figurait de loin une grande redoute était l'immense tente du général marocain, le prince impérial Sidi-Mohamed, dont les abords étaient garnis d'artillerie. Le moment parut propice au maréchal pour lancer toute sa cavalerie. Les 2e et 4e chasseurs d'Afrique, sous le commandement du colonel Morris, se précipitèrent hors du carré comme une avalanche. Rien ne devait résister à l'entrain de ces vigoureux cavaliers, et bientôt l'armée marocaine fut en pleine déroute."

Jude deviendra Maréchal-des-Logis Trompette le 11 Février 1849.
Le mois suivant, il lui est décerné "sur la proposition du Ministre de la Guerre, par décision du Ministre de la Marine, en date du 12 Mars 1849, une Médaille de Sauvetage en argent (2e Classe)".
Il devient Maréchal-des-Logis le 10 Juin 1852, pour passer Adjudant Sous-Officer le 3 Août 1852.
Il est fait Chevalier de la Légion d'honneur le 26 Décembre 1852.

Il devient Officier le 19 Décembre 1854, étant promu Sous-Lieutenant et versé au 3e Chasseurs d'Afrique.

Jude quitte l'Afrique pour la Crimée le 6 Juillet 1855.


Le régiment des Chasseurs de la Garde est organisé en Crimée, le 28 Avril 1856.
Le 3e Chasseurs d'Afrique y contribue de 8 officiers, 11 Sous-Officiers, 8 Brigadiers, 1 Trompette et 143 Chasseurs.
Jude y est transféré en date du 10 Mai 1856.
Il y retrouvera bon nombre d'officiers, sous officiers et hommes venus du 4e Chasseurs d'Afrique, qui est supprimé.
Jude est affecté au 3e Escadron (Capitaine Deschamps de la Brêche).
Il quitte la Crimée le 2 Juin suivant. Pour sa campagne il reçoit la "Médaille de sa Majesté la reine d'Angleterre".

C'est donc le retour en France pour Jude - les Chasseurs de la Garde s'organisent à Fontainebleau.
Nous en savons un peu plus sur notre homme grâce au savoureux portrait tiré par le Général du Barail dans ses "Souvenirs" :
"En revanche, nous avions quelques types curieux, et entre autres, un sous-lieutenant nommé Jude, tout comme l'assassin du président Poinsot. Il avait été brigadier trompette, et c'était un point de contact entre nous, puisque j'avais moi-même débuté comme élève trompette, mais pour la frime, tandis que lui, Jude, avait réellement mâché du cuivre. 
Ce vieux brave faisait la joie de ses collègues, qui passaient leur temps à lui entonner les bourdes les plus invraisemblables : 
« Figure-toi, Jude, lui disait-on, que toute la police est sur pied. Est-ce qu'on n'a pas volé, la nuit dernière, tous les hiéroglyphes de l'obélisque de Louqsor ! — « Ah! les gredins! » répondait Jude en s'indignant. 
Aux chasseurs d'Afrique dont il sortait, il y avait un vieil adjudant à cheveux gris. Et, comme Jude avait entendu vaguement raconter que les Romains avaient autrefois occupé l'Algérie, on lui avait persuadé que le vieil adjudant avait été abandonné par les Romains, au moment de l'évacuation, dans un silo, avec vingt ans de vivres. Jude appartenait au même escadron que Paul de Molènes."

Jude participe avec les Chasseurs de la Garde à la Campagne d'Italie, du 15 Mai 1859.
Si à la bataille de Solferino, le régiment restera essentiellement en réserve, Jude trouve néanmoins encore l'occasion de faire le coup de feu, comme relaté par le Capitaine Richard (in "La Garde") :
"Dans ses mémoires, le maréchal de Mac-Mahon relate également cet épisode :
« Le colonel Edelstein, à la tête du régiment de hussards autrichiens, s'était porté en avant de la division Mensdorff. Il était arrivé, à l'aide des bois, en arrière de nos lignes. Puis, voulant rejoindre sa division, il rencontra devant lui un peloton de chasseurs de la Garde, commandé par le lieutenant JOURDE (JUDE), qui couvrait en avant la division MORRIS, encore en arrière de notre gauche.
Le colonel le chargea aussitôt : mais le lieutenant JUDE se voyant pris, n'hésita pas à continuer sa marche en avant à une grande allure et arriva ainsi à hauteur du 11e chasseurs à pied de la division Decaen qui formait un espèce de carré dans un chemin creux.
Le bataillon laissa passer JUDE, puis, lorsque les hussards, qui ne l'avaient pas aperçu, furent à sa hauteur, il fit sur eux un feu des plus vifs, blessa quelques hommes et força les autres à se retirer à toute vitesse.
JUDE rejoignit alors son régiment. (Carnet de la Sabretache, 1894). »
Quand il vit le lieutenant, dont la haute prestance, les moustaches énormes et la grande barbiche étaient légendaires dans sa division, partir au galop de charge poursuivi par l'ennemi, le général MORRIS le crut perdu et s'écria :
- Voilà JUDE prisonnier !
Il n'en fut rien, grâce à la présence d'esprit et la hardiesse du lieutenant. Quand il revint à son régiment après cette randonnée, il fut chaudement félicité par tout le monde." 

Jude est promu Lieutenant au Régiment, le 8 Juillet 1859.
Il rentre d'Italie le 12 Août. Il est décoré de la Médaille de la Campagne d'Italie.

Il sera promu Capitaine par "Décret Impérial du 12 Août 1866, lettre d'avis du 20, parvenue au corps et notifié à l'intéressé le même jour", pour passer "au 2e Régiment de marche de cavalerie du Corps expéditionnaire du Mexique par permutation d'office avec Mr. Weber, parti et rayé le 22 Août 1866".

Jude comptera en fait à l'effectif du 5e Hussards - dont était issu le Capitaine Théodore-Joseph Weber.
Il ne vivra que la fin de l'Aventure Mexicaine, embarquant pour l'Amérique le 17 Septembre 1866.
Il en rentre le 21 Mars 1867, ajoutant à son placard la Médaille Commémorative de la Campagne.

Il quitte le 5e Hussards pour un emploi de Capitaine de place, par décision impériale du 31 Juillet 1869.

Il décèdera le 22 Janvier 1914 à Bordeaux.


Pour en terminer avec la sympathique évocation de cette "figure", voici la notice parue dans le "Carnet de la Sabretache" (1894) :

"LE LIEUTENANT JUDE
(A PROPOS DES MÉMOIRES DU MARÉCHAL DE MAC-MAHON)

Un écrivain militaire qui a servi dans le régiment des Chasseurs de la Garde, auquel il a consacré déjà plus d'une page, veut bien nous faire parvenir la note suivante sur l'officier de ce régiment cité avec honneur dans les Mémoires du duc de Magenta et dont le nom n'a pas été exactement reproduit.
Nous insérons cette communication avec plaisir, certains d'entrer dans les intentions du maréchal en faisant connaître plus complètement le vigoureux soldat dont le héros de Malakoff avait conservé le souvenir. L'auteur faisait partie à Solferino de l'escorte du général Morris, commandant la cavalerie de la Garde.

« II est dit dans le fragment des Mémoires du maréchal, publié par le Carnet de la Sabretache, que la charge poussée à Solferino par un peloton de chasseurs à cheval de la Garde était conduite par le lieutenant Jourde, c'est Jude qu'il faut lire. Cet officier, ancien trompette-major du 4e de chasseurs d'Afrique, était connu de toute la division Morris par sa belle prestance, ses magnifiques moustaches et sa grande barbiche. Ses supérieurs faisaient grand cas de lui, au point de vue de l'énergie et de l'entrain. Il avait été décoré pour sa belle conduite en Algérie et portait plusieurs médailles de sauvetage bien gagnées.
Il partit à la charge tête baissée et bientôt on le vit traverser la ligne ennemie.
« Voilà Jude prisonnier», dit le général Morris.
Au grand étonnement de tout le monde, on le voit traverser de nouveau les escadrons autrichiens et arriver, quelque peu essoufflé, au milieu de l'état-major où on le félicite chaudement.

Jude passa capitaine quelques années après ; il commandait un fort dans le Midi, lorsqu'il quitta le service.
C'était une physionomie remarquable et dont on a beaucoup parlé dans la Garde. Si son instruction primaire avait été quelque peu négligée, il n'en tenait pas moins bien sa place dans le corps des officiers, où l'on s'amusait à l'entendre parler, à propose de tout, avec une faconde toute méridionale.»

Au petit portrait que nous venons de reproduire, croquis fait de mémoire à la campagne, nous nous permettons d'ajouter, pour réparer notre inexactitude involontaire, quelques renseignements puisés aux sources officielles.

M. le capitaine Jude, né à Bordeaux le 16 novembre 1821, s'engagea au 5e cuirassiers. Passé comme trompette au 4e chasseurs d'Afrique, il y mérita trois citations à l'ordre de l'armée, dont une à la bataille d'Isly. Renonçant à son emploi de maréchal des logis trompette, il entra comme maréchal des logis dans un escadron et fut nommé, le 19 décembre 1854, sous-lieutenant au 3e chasseurs d'Afrique, d'où il passa aux Chasseurs de la Garde. Il prit part à la campagne du Mexique comme capitaine au 5e hussards.

Sa médaille de sauvetage, accordée par le ministre de la marine, date de l'époque où il était encore à la tête de la fanfare du 4e chasseurs d'Afrique ; les trois médailles de Crimée, d'Italie et du Mexique vinrent successivement s'y ajouter et faire cortège à la croix d'honneur sur son dolman. 
Le capitaine Jude comptait 17 campagnes, dont 16 doubles (total 33), lorsqu'il fut nommé commandant du Fort-des-Têtes et dépendances, à Briançon, le 31 juillet 1869. Le climat de sa nouvelle résidence était sans doute un peu dur pour un vieux soldat d'Afrique ; toujours est-il que le 25 novembre suivant il demanda sa retraite pour raison de santé, afin de se retirer à Bordeaux."